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Where France, children and crafts melt together making a delicious recipe of life.
Where life in France, children and crafts all melt together to make a beautiful cassoulet.
Dans ses écrits, Platon a laissé des notes sur l'Atlantide. Il a évoqué un paradis idyllique; une société hautement civilisée dans un état d'utopie, inconnue et intacte, qui aurait coulé dans l'océan au cours d'un violent tremblement de terre.
Oserais-je aller contre l'un des grands philosophes de l'histoire et prétendre que ce grand sage se serait trompé? Pourquoi, mais oui, je l’affirme. Jamais ce paradis n’a-t-il coulé, ce paradis n’est pas inconnu. Je l’ai découvert et Platon, dis-je, vous aviez tort!
La première fois où le vol Iberia pencha son aile, j’eu un aperçu de son point culminant. Cela à suffit pour aiguiser ma curiosité, mais m’a aussi laissé un peu perplexe. Des paysages désertiques ont rempli la fenêtre, loin de l'image que je m’étais évoqué de l’île. En descendant de l'avion dans un éclat de chaleur aride, je remettais déjà en cause la décision de changement radical de vie que j'avais prise. Aurais-je perdu la tête, me demandais-je, en considérant l'abandon de ma belle Sydney? Pourquoi, mais pourquoi? Où étaient les cocotiers? Les serveurs et leurs bols de fruits tropicaux? La non-stop piña colada à la piscine?
Engloutie par les effets du décalage horaire, assaillie de doutes, j'ai mis un pied devant l'autre automatiquement, sans savoir que, d'ici la fin de la journée, ma perception initiale et cette curieuse déception de Tenerife se dissiperaient et qu’in fine, c’est bien le Nirvana qui m'aurait accueilli.
A l'arrière de la moto qui avait fait son chemin en provenance du Portugal au moyen d'un long voyage en ferry pour nous accueillir, nous sommes partis, laissant derrière nous la sécheresse. Le rêve de cocotiers fut vite remplacé par le paysage plus captivant de collines après collines recouvertes de bananeraies. Plages de sable noirs magiques et eaux claires qui chatouillaient la peau, sont vite devenues nos compagnons quotidiens, avec après-midis à la recherche de poissons colorés à l’aide d’un masque et débuts de soirées marqués par les magnifiques couchers de soleil. Les routes sinueuses qui descendent dans la vallée magique de Masca et jusqu'à la pointe de Teno, fourniraient des pics d'adrénaline, la seule chose séparant la route de la vallée de quelques 800 m², étant une petite rambarde de béton. Ce n'était que le début de la découverte du jardin d'Eden.
Randonnées le long de sentiers muletiers, parcourant la montagne préservée à la Punta de Anaga mais aussi celles des facettes enneigées du Teide, ont toujours été des moments de sérénité absolue. La folie du Danza de las libreas à El Palmar nous a laissé les muscles endoloris de par les fous rires encourus. L’exploration des pyramides de Güímar, avançant sur les traces des indigènes Guanches, a ouvert pour moi une page inconnue de l’Histoire. A ces moments-là, je me suis rendu compte que l'Atlantide n'avait jamais réellement disparu.
En effet, l'Atlantide existait encore, un royaume sur le fond marin, protégé par l'archipel des Canaries. Une cachette habitée par des bancs de dauphins, et existant dans une partie du monde relativement inconnue et intacte. Comme un vieil arbre rigide au moment de son décès, l'Atlantide de Platon a laissé des racines qui ont depuis repoussé, donnant naissance à un paradis d’îles, la plus majestueuse étant Tenerife. L’anticipation de vivre au sein d’une île ensoleillée et touristique avait été vite remplacée par la découverte répétée d'encore un autre petit coin de ce paradis.
Quand, après trois années à vivre au sein de son climat tempéré, et d’explorer sans relâche son île d’une immense beauté, tout à coup mot m’est venu qu'il était temps de repartir, je me suis sentie accablée. La crainte qui m’avait saisi cette première fois en arrivant à Tenerife n’était rien comparée au chagrin d'amour que j’éprouvais à devoir à présent la quitter. J’en étais venue à la connaître comme une amie, et cette amitié encore bien jeune, était en passe de devenir quelque chose de merveilleusement beau.
L’air du temps était au changement mais aussi empreint d’un sentiment d'inachevé. Derniers adieux aux cafés préférés à Santa Cruz de Tenerife où je m'asseyais et ils connaissaient ma commande de petit-déjeuner cafe con leche et tostado tomate con queso. Avec l’estomac bien rempli, s’en suivait une promenade à la Mercado de Neustra Señora pour achats de légumes et fruits frais, azeitunas et alcaparas. Ces matins-là étaient désormais comptés. Il restait un nombre limité de dimanches à manger de la dorada à Los Abrigos. Que serait un week-end sans une bouteille de Monopole, Papas arrugadas et une touche de piquant mojo?
Sachant qu’un objectif non atteint serait toujours là pour me hanter, il y avait quelque chose d’important à rayer de ma liste avant que je ne puisse monter à bord d’un avion à destination de Paris. Il y avait une montagne à gravir. Plus précisément, un volcan.
J'avais gravi de nombreuses montagnes depuis ce moment où trois ans plus tôt j'avais mis les pieds sur ces terres arides et ses surfaces volcaniques, mais un sommet bien précis était resté hors d'atteinte. Une première tentative m’avait vu rebrousser chemin, repoussée par le froid, le vent attaquant chaque extrémité de mon corps. J’avais parcouru ses plaines, ses 18kms de Las Cañadas et quand une fois j’avais raté le bus, j'ai dû marcher 18 kms pour retrouver ma voiture. J’avais exploré sa base de Paisaje Lunar et jusqu’à la côte, en s’arrêtant pour me perdre dans les perspectives du ciel bleu immaculé, des eaux vert-bleus, de l’étrange plante Tajinaste qui me donnait l’impression d’être tout droit sortie d’une page de Wyndham's Journée des Triffids. J'avais fait tout cela, mais pas je n’avais pas atteint le sommet. J’étais montée en télécabine mais le sommet, El Teide, était resté hors d’atteinte. Je savais que je ne pouvais pas partir sans aller là-haut. Par moi-même, seule. À pied.
Ma détermination habitait chaque centimètre de mon corps, et si il y eu un vent froid ce matin-là, je n'ai rien senti. Je marchais. J'ai dépassé des gens, qui m’ont eux-mêmes dépassés. Je les ai dépassés de nouveau. Un camarade marcheur m'a proposé à manger, "Non merci, je n'en ai pas de besoin » lui ai-je dit, comme un pèlerin au cours de son plus grand pèlerinage. J'ai persévéré, passant à côté de touristes inconscients descendant chaussés de sandales à bouts ouverts. Au plus je marchais, au plus mon énergie me portait. De plus en plus haut. Enfin, j’y étais, le pic, le sommet. J'étais allée aussi haut que possible pour les randonneurs amateurs. Les 100 derniers mètres restent interdits sans autorisation spéciale. De temps à autre, quelques éclats de soufre pouvaient être vus s’échappant des crevasses du Picón del Teide.
Assise là-haut, je n'avais nullement besoin d'être rassurée: Platon avait raison, l'Atlantide avait bien existé. Et c'est là qu'il avait aussi tellement tort, ce n’était pas quelque chose du passé. Atlantide était bien là, devant moi, toujours en existence, vivant devant mes yeux.
Baignant dans le silence, j’écoutais un des sons les plus magiques que je n’ai jamais entendu. Perçant les nuages, les sommets des îles sœurs pointaient. J'ai pris des photos avec mes yeux voulant que les tonalités de brun, de sable et d’ocre continuent à vivre en moi, comme elles le font encore lorsque je ferme les yeux et me souviens de ces moments.
La nécessité de redescendre venait trop vite. Le retour à la voiture, la lumière du jour diminuant, le temps limité sur l'île, tout était brutalement contre moi. J'ai commencé la descente, faisant glisser tout doucement mes pieds, tout en sachant que la journée avait été une étreinte de tout ce qui avait été pertinent durant mon séjour à Tenerife. En opposition à l'énergie que j’avais eue plus tôt dans la journée, j'ai marché lentement, ne voulant pas que ce soit fini, et en même temps, sachant ce ne serait pas réellement terminé. Ce serait juste un « à bientôt », jamais un «Au revoir».
All photos copyright Carina Okula - nimble-wit dot com